Existe-t’il un llien entre prématurité et troubles dys ?

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📌 L’essentiel à retenir
Les anciens grands prématurés présentent souvent des troubles dys, comme la dyslexie.
Une étude révèle un retard de développement du cortex auditif chez les bébés prématurés.
Le risque de difficultés d’apprentissage augmente même pour les naissances légèrement prématurées.
L’implication des parents est fondamentale pour le développement des enfants prématurés.
Un suivi pluridisciplinaire est recommandé pour les enfants présentant des troubles “dys”.

Un enfant né avant terme n’a pas seulement besoin de temps pour grandir : son cerveau, encore en pleine construction au moment de la naissance, peut garder des traces durables de cette arrivée trop précoce. Parmi ces traces, les troubles dys, dyslexie, dyspraxie, dyscalculie, sont aujourd’hui de plus en plus souvent observés chez les anciens grands prématurés.

Ce lien entre prématurité et difficultés d’apprentissage n’est pas une simple coïncidence. Il s’expliquerait par des perturbations survenues à des moments clés du développement neurologique, bien avant les premiers jours d’école.

Depistage Scolaire fait le point sur ce que l’on sait aujourd’hui de la relation entre naissance prématurée et troubles dys, et sur ce que cela change concrètement pour le repérage et l’accompagnement des enfants concernés.

Les troubles “dys” (c’est quoi exactement et qui est concerné ?)

On entend souvent parler de dyslexie à l’école, mais les troubles “dys” forment en réalité une famille bien plus large. Entre 5 et 10 % des enfants en âge scolaire sont concernés, ce qui représente potentiellement deux ou trois élèves par classe, pas si rare, finalement.

Voici les principaux troubles regroupés sous cette étiquette :

  • Dyslexie : difficulté à déchiffrer le langage écrit
  • Dysorthographie : difficulté avec l’orthographe
  • Dyscalculie : difficulté en mathématiques
  • Dyspraxie : difficulté de coordination générale et de motricité fine
  • Dysgraphie : difficulté à tracer les lettres correctement
  • Dysphasie : difficulté d’expression orale

Ce qui est important à comprendre, c’est que ces troubles ne sont pas liés à un manque d’intelligence. Un enfant dyslexique peut être brillant en raisonnement, mais buter sur le déchiffrage d’un simple mot. C’est précisément ce décalage qui peut être déroutant pour les parents comme pour les enseignants.

Parmi les signes qui doivent alerter tôt, on retrouve souvent un retard à parler, un vocabulaire limité pour l’âge, des difficultés à trouver ses mots ou encore une faible estime de soi qui s’installe progressivement. Ces signaux méritent d’être pris au sérieux, même avant l’entrée à l’école.

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Prématurité et cerveau (le lien avec les “dys” commence avant la naissance)

Voilà la question centrale : est-ce qu’un bébé né trop tôt a plus de risques de développer des troubles “dys” ? La réponse courte est oui, mais avec des nuances importantes.

Une étude américaine a mis en évidence quelque chose de très concret : le cortex auditif des bébés nés avant 30 semaines de grossesse accuse un retard de développement par rapport aux nourrissons nés à terme. Or, cette région du cerveau est précisément celle qui permet d’entendre et de comprendre les sons, la base même du langage.

Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont utilisé l’IRM sur des nouveau-nés. Ils ont examiné 90 bébés nés avant 30 semaines et 15 bébés nés à terme, puis ont évalué le langage de ces mêmes enfants à l’âge de 2 ans. Le résultat est clair : une naissance précoce perturbe la maturation du cortex auditif, et ce retard est associé à des difficultés de langage mesurables deux ans plus tard.

« Les tout-petits nés prématurément peuvent éprouver des difficultés de langage expressif, se manifestant par un vocabulaire peu étendu ou des difficultés à communiquer avec des gestes. »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes quand on compare les risques selon l’âge gestationnel :

Âge gestationnel à la naissance Risque de difficultés d’apprentissage
40 semaines (terme) 4 %
37 à 39 semaines 5,1 %
Avant 30 semaines Risque significativement plus élevé

Même une naissance légèrement prématurée, entre 37 et 39 semaines, pourtant considérée “à terme” dans le langage courant, augmente déjà le risque. C’est un détail que beaucoup de parents ignorent, et qui mérite d’être connu.

Il faut cependant nuancer : tous les prématurés ne développeront pas de troubles “dys”. D’autres facteurs entrent en jeu, comme la présence de complications médicales graves à la naissance, des troubles génétiques, ou encore une exposition à des substances pendant la grossesse (alcool, tabac, drogues). Le poids de naissance joue aussi un rôle, un bébé pesant moins de 2,5 kg à la naissance est considéré comme étant à risque accru de difficultés développementales.

Accompagner un enfant prématuré (ce que vous pouvez faire concrètement)

Bonne nouvelle : la prise en charge des prématurés a considérablement évolué ces dernières années. On ne se contente plus d’assurer la survie, on pense aussi au développement neurologique à long terme, et les parents sont désormais intégrés activement dans les soins pour apprendre à reconnaître le bien-être de leur enfant. L’implication des parents dans les soins est fondamentale pour favoriser un développement optimal dès les premiers jours.

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Si votre enfant est né prématurément, il faut ajuster les repères de développement à son âge corrigé, c’est-à-dire l’âge qu’il aurait si la grossesse était allée à terme. Un bébé né deux mois avant terme ne devrait pas être comparé à un bébé né à terme du même âge civil : ce serait injuste et trompeur.

Concrètement, voici les points de vigilance à surveiller dans les premières années :

  • Un retard à marcher ou à parler par rapport à l’âge corrigé
  • Un vocabulaire limité ou des difficultés à communiquer par gestes
  • Des difficultés de coordination ou de motricité fine (tenir un crayon, boutonner un vêtement)
  • Des signes de faible estime de soi liés à des échecs répétés

Si vous observez plusieurs de ces signaux, ne restez pas seul face à la situation. Un bilan orthophonique ou neuropsychologique peut être demandé dès la maternelle. Plus le repérage est précoce, plus les aménagements mis en place seront efficaces, et moins l’enfant aura le temps de se construire une image négative de lui-même à l’école.

La prématurité n’est pas une fatalité, mais elle impose une vigilance accrue et un suivi attentif. Connaître ce lien entre naissance prématurée et risque de troubles “dys”, c’est déjà se donner les moyens d’agir au bon moment.

Prématurité et “dys” : et après le diagnostic, on fait quoi ?

Repérer un trouble “dys” chez un enfant né prématurément, c’est déjà une étape importante. Mais beaucoup de parents se retrouvent un peu perdus une fois le diagnostic posé : vers qui se tourner, quels professionnels consulter, dans quel ordre ? Voici quelques repères concrets pour ne pas rester les bras croisés.

La première chose à savoir, c’est que le suivi ne repose pas sur un seul professionnel. Une équipe pluridisciplinaire est souvent la configuration la plus efficace, surtout quand plusieurs troubles coexistent, ce qui arrive fréquemment chez les anciens prématurés. Un enfant peut présenter à la fois une dyspraxie et des difficultés de langage, par exemple. Dans ce cas, orthophoniste, psychomotricien et neuropsychologue travaillent idéalement en coordination, pas chacun dans son coin.

Un diagnostic isolé sans plan de suivi coordonné, c'est comme poser un puzzle dont on vous donne les pièces… mais pas la boîte.

Voici les professionnels les plus souvent impliqués selon le type de trouble identifié :

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Type de trouble Professionnel de référence
Dyslexie, dysorthographie, dysphasie Orthophoniste
Dyspraxie, dysgraphie Psychomotricien ou ergothérapeute
Dyscalculie Neuropsychologue, orthophoniste
Bilan global du développement Neuropsychologue, pédiatre spécialisé

Pensez aussi à solliciter l’école dès que possible. Un enfant avec un trouble “dys” reconnu peut bénéficier d’un Plan d’Accompagnement Personnalisé (PAP), un dispositif mis en place directement par l’établissement scolaire, sans démarche médicale lourde. Concrètement, cela peut se traduire par du temps supplémentaire lors des évaluations, des supports adaptés, ou encore la possibilité d’utiliser un ordinateur en classe. Ce n’est pas un avantage injuste, c’est simplement rétablir une équité réelle face à des difficultés réelles.

Une question revient souvent chez les parents : faut-il attendre que l’enfant soit en difficulté scolaire avérée pour agir ? Non, et c’est même l’erreur à éviter. Sachant que la prématurité constitue un facteur de risque identifié, un suivi préventif dès les premières années permet d’intervenir bien avant que les échecs répétés n’abîment la confiance en soi de l’enfant. Agir tôt, c’est souvent agir moins longtemps et avec de meilleurs résultats.

Prématurité et troubles “dys” : des chiffres qui font réfléchir

On ne le dit pas assez, mais naître trop tôt a des conséquences qui peuvent se révéler bien après la sortie de la maternité. Selon des synthèses cliniques, environ un tiers des enfants prématurés sont concernés par des troubles neurodéveloppementaux. Ce n’est pas une minorité anecdotique, c’est un enfant sur trois. Et parmi eux, les troubles “dys” (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie…) apparaissent 2 à 10 fois plus souvent que chez les enfants nés à terme. Pour donner un ordre d’idée concret : des troubles cognitifs, dont la dyslexie, touchent environ 31 % des enfants nés prématurément, d’après une association spécialisée sur la prématurité.

La Haute Autorité de Santé est claire là-dessus : la grande prématurité, c’est-à-dire une naissance avant 32 semaines d’aménorrhée, figure parmi les principaux facteurs prénataux à haut risque de troubles du neurodéveloppement. Ce n’est donc pas une inquiétude de parent anxieux, c’est une réalité médicale reconnue, qui justifie un suivi structuré dès le départ.

Un enfant prématuré peut sembler “aller bien” pendant des années, puis rencontrer des difficultés scolaires qui, sans ce contexte, resteraient inexpliquées.

C’est là qu’intervient le CAMSP (Centre d’Action Médico-Sociale Précoce), une structure dédiée au suivi neurodéveloppemental des jeunes enfants. Si votre enfant est né prématurément, se rapprocher d’un CAMSP n’est pas une démarche alarmiste, c’est simplement anticiper pour mieux accompagner.

Karine Vardy
A propos de l'Auteur
Karine Vardy
Karine Vardy est psychologue diplômée avec une spécialisation au niveau Master. Forte d'une riche expérience académique et professionnelle, elle est reconnue pour son expertise approfondie en éducation. Son engagement envers la promotion du bien-être et de l'épanouissement des élèves l'a conduit à collaborer étroitement avec depistagescolaire.com.

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